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© Bernard Louédec

Films : doc + fiction


Catégorie(s) : Vidéos, films

Deux films complémentaires réalisés par Julie et Olivier Pareau. L’un témoigne des difficultés et petits bonheurs liés à la création dans un pays que l’on découvre et dont on ne maîtrise pas toujours les codes. C’est un point qui est fait à un moment de la résidence en Casamance. On y voit les interrogations, les convictions qui se dessinent et les débuts de projections. L’autre est la résultante du premier. C’est une fiction réalisée à partir des collectages visuels et sonores que Julie et Olivier ont fait sur place.

Making off de la résidence en Casamance

Un documentaire de Julie Pareau qui témoigne de la résidence artistique que L’Autre Idée a mis en place durant 5 semaines en Casamance au Sénégal en 2003 / 2004.
Production © J&O Pareau / L’Autre Idée 2004.

 
 
 

... entre

Fiction de Julie Pareau.
Production © J&O PAreau / L’Autre Idée 2004.

 
 
 

« Je filme, donc j’y suis » par Julie Pareau

On ne prépare pas un film qui a pour décor l’Afrique, sans mettre en bas de chaque page, l’annotation suivante « à voir, une fois sur place ». Et effectivement, on se rend compte que ces guillemets posés sur les idées n’étaient pas si anodins que cela. Ou comment s’imaginer les futures images d’une expérience nouvelle : premier voyage sur le continent africain. Contrastes, couleurs, odeurs, choc visuel avec l’environnement.

Découvrir ce bout d’Afrique, en commençant par le village d’Abéné, caméra en main, n’est pas chose aisée : se fondre dans le décor, se faire oublier, saisir le vif, l’instant, ces moments étant bouleversés par notre simple présence. Même si les langues se délient facilement, on sent une certaine réticence de la part des gens ; nous étions souvent assimilés à des journalistes. La caméra peut devenir une barrière : l’un prend, l’autre donne, la relation est biaisée, et pour le coup, on sait plus comment s’y prendre. Alors, on commence à réfléchir à un système pour que les vidéos ne soient pas un condensé d’images volées mais au contraire ce que les personnes, les paysages, les situations ont bien voulues donner.

L’idée de la « vidéomobile » commence alors à se dessiner. La caméra ne va plus à la rencontre des gens : installée, à heures fixes, dans une voiture défoncée, chez le garagiste du quartier, ce sont les villageois, qui un à un, viennent converser librement avec elle. Tribune libre, chacun s’exprimant dans son propre dialecte, on se préoccupera de la traduction plus tard. Des affiches, ont donc été réalisées dans les cinq dialectes du village et installées partout dans le village pour présenter cette vidéomobile et son principe, le bouche à oreille fait le reste. Pour partir sur un thème commun, nous évoquons le thème du bonheur. Plus de soixante personnes s’assiéront à l’arrière de la vidéomobile.

Alors en parallèle des traductions, nous réitérons l’expérience à Ziguinchor, dans un taxi en service, modernité de la capitale de la région oblige. On sillonne la ville de long en large. El Hadj, le taximan devient notre compagnon de route et s’amuse de nos soucis de caméra, micros et autre détails techniques. Il n’avait encore jamais eu de clients pareils !

Travail avec Souleymane, le traducteur... Au fur et à mesure de la traduction, nos limites apparaissent : barrière de la langue, problèmes d’interprétation, incompréhension. La caméra continuait parfois de tourner pendant que les explications de l’installation se faisaient, en mandingue, la plupart du temps. Souleymane nous les traduit, relève le fait que chaque jour, les interprétations sont de plus en plus aléatoires. Il nous explique surtout que nous avons fait traduire du français en mandingue, par un Diola qui, de plus, a grandit en Gambie (pays frontalier et surtout anglophone) ! Et çà, en arrivant à Abéné, on ne l’avait pas du tout calculé !

Rencontre avec Souleymane, un homme qui en révélant les propos des autres requestionne les données qui ont été établies entre nous et les villageois. Le thème du bonheur laisse souvent place à d’autres préoccupations : conditions de vie, de travail. Le bonheur ressemble à une utopie et là, on parle des réalités : difficultés, survie, conditions des femmes seules.
L’un ne va pas sans l’autre : on n’évoque pas le bonheur sans évoquer ce que l’on doit surmonter pour y parvenir.

Un moment marquant, le passage des femmes du Kankourang groupe à l’arrière de la vidéomobile : elles évoquent toutes leurs conditions de vie, et au premier visionnage rien ne nous était apparu. En y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’elles élèvent toutes leurs enfants seules, plus de parents, mais surtout plus de maris. Souleymane nous explique que la région à une époque fut fortement touchée par le conflit, et qu’il est fort probable que beaucoup d’hommes ont été tués, blessés ou se sont exilés.
Ne pas s’arrêter à la surface des choses, c’est une des premières leçons que nous avons apprises ici.

À Ziguinchor, dans le taxi, les gens s’expriment plus facilement en français. Alors en sillonnant la ville, de long en large, pied au plancher et caméra bien arrimée, on refait le monde, on discute, on continue à apprendre. « La solitude est mal vue en Afrique », nous explique un ancien instituteur qui, plongé dans la discussion, en avait presque oublié son rendez-vous.

Nous demandions aux gens d’évoquer leur vision du bonheur, individuelle ou collective. Et maintenant, dans nos souvenirs, ces journées ressemblaient à ce que nous avions voulu trouver chez toutes les personnes montées dans le taxi. Une image du bonheur était là - simple, fugace, instantanée…

Contrastes, couleurs, odeurs, choc visuel… On a essayé d’imprimer tout çà sur les bandes magnétiques. Les magnétoscopes tournent à présent, plus de trente heures d’images à visionner, sélectionner.
L’Afrique regorge de différents niveaux de lecture, qui apparaissent avec le temps.
Nos images commencent à nous parler…

Julie Pareau, 2004


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