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© Sébastien Lumineau

Une aventure, ça se prépare


Catégorie(s) : Chroniques

Ce matin là, je reste allongé dans un lit ou plutôt une mousse qui repose sur du béton. Afrique, Sénégal. Ça fait déjà une semaine que je suis sur place. Cela m’a permis de vérifier une dernière fois les aspects logistiques, d’établir de nouveaux contacts artistiques, de formaliser les relations institutionnelles locales. Dans quelques heures, l’équipe de L’Autre Idée arrive en provenance de Nantes, Bretagne. La Casamance les attend depuis bientôt deux ans.

Deux ans qui ne sont pas de trop pour préparer une aventure qui mènera une vingtaine de personnes sur les routes Casaçaises durant cinq semaines. On nous a peu recommandé la région. Et tout le monde s’y est mis : les moustiques, les amis, les amis des amis, les autres régions du Sénégal qui auraient aimé nous accueillir, Dakar, le site du Ministère des Affaires Étrangères français qui déconseille vivement aux touristes de s’y rendre. Puisque nous venons y travailler, nous braverons donc l’interdiction ! Et puis après tout, les touristes espagnols et belges ont continué à venir dans cet endroit magnifique même pendant la guérilla. La diversité diplomatique et économique semble plus aisée à défendre pour l’Europe que la diversité culturelle.

J’allume une cigarette au goût acre. J’ai soif. Et sûrement un peu peur de me lever pour aller accueillir une vingtaine de musiciens, illustrateurs, rédacteurs, plasticiens, vidéastes, formateurs qui vont débarquer à Dakar. Me suis-je trompé ? Est-je tout prévu pour que le choc ne soit pas trop difficile, pour ces aventuriers d’un nouveau genre, pour la Casamance ? La guerre à peine finie et voilà des artistes ! Et où étaient-ils quand le peuple souffrait ? Je pense à Isabelle, ma compagne. Nous avons préparé cette aventure depuis deux ans. Et au moment où ce travail aboutit, elle est absente. Terriblement absente. Pour cause de future maternité. Notre enfant tant attendu va enfin rejoindre ce monde dans quelques semaines, si tout se passe bien deux semaines à mon retour de Casamance. Il s’appelle pour le moment « M », comme Mathieu ou Margot. Je pense à lui, je lui parle. Et je suis en Casamance…

Allez, il faut bouger ! Petite douche, salutations au patron, taxi… À la descente d’avion à Dakar, j’annoncerais à l’équipe que nous descendons en Casamance par la route : nous allons tous rentrer dans un camion pour une dizaine d’heures de route maximum, direction Abéné, sur la côte casaçaise. J’ai vu ça avec plusieurs chauffeurs et connaissances sénégalaises qui m’ont garanti la durée du trajet. Il s’agit de ne pas fatiguer le groupe et qu’on se mette rapidement au boulot ! Mon expérience des voyages et de l’Afrique m’ont permis de bien préparer ces cinq semaines : le logement sera rustique mais confortable. Côté restauration, je ne pouvais trouver meilleure solution en embauchant une cuisinière locale afin d’assurer une variété dans les repas pour nos estomacs fragiles. En voyage, la bouffe c’est essentiel ! Il manquerait plus que nous passions notre temps à courir à droite à gauche pour manger ! Un coup à tomber malade !

Une heure que j’attends à l’aéroport de Dakar. L’avion a un peu de retard. Je repense à ces réunions que nous avons fait avant de partir. Au delà, des discussions techniques qui n’ont passionné personne, nous nous sommes calés sur la place de chacun et les attentes côté production artistique. Les illustrateurs devront réaliser le tour de force de réaliser des dessins qui seront publiés dans un format « poche », 10 x 18 cm. Gilles consacrera son temps à l’écriture du livre, Thomas amène sa guitare sèche pour passer tout son temps avec les cordes locales, Erwan laissera son costume d’informaticien pour ne faire que de la batterie sous les arbres… Bref tout est à peu près calé. On a même prévu qu’au sortir de la résidence on ne ferait pas de spectacle. Un peu trop lourd en terme de travail. Il y a déjà un cd, un dvd, un livre, une exposition qui seront réalisés à notre retour. Côté Casamance, les artistes locaux ne seront pas durs à convaincre : l’expérience est unique, ils sont rémunérés, leurs droits d’auteurs sont protégés. Je suis impatient de voir ce que donneront les rencontres musicales avec les voix de femmes africaines !

Je vois l’avion, j’ai moins peur maintenant. Vite vite ! Qu’il atterrisse et que ça démarre. Ça y est j’en vois un ! C’est Seb ! Tout le monde suit… sauf Mich qui est coincé à la douane avec le groupe électrogène. J’aurais dû prévoir la facture d’achat ! Après quelques discussions et une facture crayonnée à la va vite sur un bagage, on finit par passer. C’est parti ! Nous sommes le 20 décembre 2003. Avant de prendre la route, on décide de se prendre une heure en bord de mer, histoire que tout le monde récupère un peu des 5 heures d’avion. Un petit bain de mer sénégalaise, ça peut pas faire de mal ! Le soleil brille et Bernard me regarde : « bon, alors… t’as tout prévu ? ». Les sourires complices de ceux qui ont déjà connu l’Afrique ensemble se dessinent sur nos visages : « Évidemment ! Une aventure comme celle là, ça se prépare ! ».

Nicolas FILY


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